A 11h30, tout à coup, quelque chose qui cloche. Roue arrière-gauche, j’ai la mulette qui s’fait la malle. Première crevaison, aïe, ça fait mal!Alors en plus, du vent en face et de la pluie qui veut que je trépasse.Y a un pneu, là qui s’dégonfle, putain, j’vous jure, pas d’rime en “onfle”! Comment que j’fais moii? Ben je change ma roue. Pas de rustine, une chambre à air.Zig zags dans les champs de colza, lumière apocalyptique, orage, grêle, aujourd’hui, y a tout! A 17h, finalement, Auxerre en vue. Arrivée à la MJC.Ce soir je joue dans une ancienne salle capitulaire après avoir joué hier dans une ancienne chapelle. On se demande comment ça va finir, mais tout ça semble avoir une certaine odeur de sainteté
Messieurs, dames, à bientôt!





Alors dans vingt minutes, c’est reparti, la deuxième journée commence : “moi
quand j’étais petit, je voulais faire géant…” Le corps est fourbu, le vent a
encore balloté bicyclette et mulette, la pluie a joué les poursuivantes,
vivement le grand beau. Dans vingt minutes c’est reparti, chansons, alambic,
onomatopées, quelques pas de danse et saut de chapeau melon. Dans vingt minutes,
en piste, dans une ancienne salle capitulaire, au coeur d’Auxerre. Déjà deux
cents bornes. Trois concerts. Plus que mille et seize. C’est bon.
Donc donc donc, y’a tout eu… Pluie (en orage c’est plus rigolo), vent (de face
c’est encore plus rigolo), côtes (avec trop de kilos dans la mulette), petite
erreur de parcours à la sortie de Marolles sur Seine (soit un bonus kilométrique
dont on se serait bien passé, des camions dévoreurs à l’entrée de Sens. Sur ma
libellule, je chantonne le Petit Cheval de Brassens, et j’écoute Vissotski dans
mon sound blaster miniature, ça m’aide à ne pas trop en vouloir au vent. Et puis
ouf, trois pom-pom girls à l’arrivée de la MJC. Les spézeleu (mmhhh,
l’orthographe ?) vont droits au bidon, puis droits aux muscles et l’accueil
droit au coeur.
Sur scène, un bon soir. Inventions, surprises, improvisations et petits pas
chassés. On a encore rigolé avec des enfants, comme hier à Ozouer le Voulgis.
Les onomatopées les font glousser, et je glousse à mon tour. C’est bon de
glousser.
Bon, assez gloussé, dodo.


Sortir de Paris oblige à serrer les fesses, c’est incontestable. Mon attelage ne
passe pas vraiment inaperçu, les regards glissent, s’arrêtent, sourient,
passent, rebondissent, c’est selon. Première côte dans Sucy en Brie, le compteur
chute, j’irais aussi vite à pied, mais persiste. Après ça c’est déjà la
campagne, le bois de la Dame Blanche, les premières petites départementales qui
ressemblent à ce que j’en connais, le soleil cligne de l’oeil. Lever de rideau
dans une heure, je file installer mon fatrouillis.


On va dépasser les 150 kilos. On m’a offert hier, plusieurs grigris, soit dans
le désordre : une tour Eiffel miniature, des jumelles “pour voir venir”, des
chips pilées (si, si : un jour ce mystère sera expliqué), un livre de maximes
sur les carottes que l’on jette, et puis de la bonne chance en grappes,
bouquets, ribambelles. On m’a attaché Bidule à la bâche au moment de partir (là
aussi, les explications ne tarderont pas). Je pars chargé, et rechargé. Demain,
l’horizon.




David Sire “croqué” par Pascal Artur