On a marché sur la mer. Après une avant dernière étape piscénoise où furent salué Molière et Boby Lapointe, c’est avec un peu d’émotion qu’on a pris la route de Sète une bonne fois pour toute. Au départ, un dernier collègue de pédalage, Olivier, quelques cerises offertes par une maman coquelicot, Jacky Lapointe et sa si belle veste rose, et enfin Alain, mon éclusier-photographe (on remarquera d’ailleurs que c’est un peu le même métier, l’obturation changeant juste de taille et de matière). A 11 H, à Marseillan, sur le port, on croque quelques huitres.
Et puis, au sens propre, la dernière ligne droite : longue route qui joint Marseillan à Sète, entre l’étang de Thau et la mer, enfin touchée du doigt et des orteils. Je fais prendre un bain de roue à bicyclette et mulette.
A 14 H, après trois semaines à serpenter, arpenter, transporter, transpirer, respirer, conspirer, considérer, sidérer, ça y est, la ligne d’arrivée, le panneau Sète. Accueil au son de l’orgue de barbarie, voiture suiveuse, banderole, Picpoul. Emotion.
Ce soir, la salle de l’Espace George Brassens sera trop petite, dernier concert d’un fabuleux Paris-Sète à bicyclette. En roue libre.
Devenu, enfin, troubadour. Heureux. Fourbu. Heureux. Merci à toutes les routes et à tous les sourires que j’ai empruntés.
Ca commence à sentir la crevette.
Demain, donc, Sète. Aujourd’hui Pézenas, trente petits kilomètres que l’on va
s’avaler en père peinard. Hier, Mourèze, troisième concert chez l’habitant,
chaleureux, dans un décor lunaire (cirque de Mourèze), une cinquantaine de
nouveaux visages rencontrés, je ne compte plus ces rencontres, elles se
mélangent un peu, les paysages aussi, et j’ai arrêté de chercher à les fixer, je
laisse aux flux et reflux de la mémoire le soin de revenir quand ça voudra.
Depuis quelques jours c’est la fête des coquelicots. En grappe. Rouge vif
fragile, je m’en imbibe. Hier, juste avant de chanter le mien de Coquelicot, un
petit garçon bien bavard a dit tout haut que lui il les mangeait… C’est
peut-être ce qui le rend si bavard, d’ailleurs.
Alors voilà, j’arrive au bout, demain je serai à Sète, à bicyclette, avec ma
petite boîte, celle de l’empailleur de bulles de savon. Merci Pablo pour ce joli
cadeau qui m’a permis de pédaler sur scène chaque soir.
Le Petit Carré d’Art. Des lieux comme celui-ci, je vais bien y faire halte tout
les jours : ancien petit cinéma reconverti en théâtre à la française, écrin
délicat d’une centaine de place, y’a même des rampes de projecteur, dis-donc,
j’avais oublié. La scène a une bonne taille, de la place j’en ai, alors sur le
fil à linge je mets toutes mes affaires à sécher, faut dire que ça commence à
puer un peu le bison…
A Radio Saint Affrique on a longuement devisé avec Bonnie & Clyde, promis qu’on
se rappelle pour l’arrivée, au franchissement du panneau “Sète”. C’est pour
bientôt.
Aujourd’hui, je file sur Mourèze, enfin filer risque être un bien grand mot vu
le profil de l’étape, Col de l’Homme Mort (si si), col Notre Dame (ça fera
l’équilibre avec le précédent), des orages annoncés, brrrrr… ça va pas être de
la tarte. En route.
C’est aujourd’hui que je vais enfin mettre un visage sur Bonnie & Clyde, mes
deux voix de Radio Saint Affrique, eux qui me suivent et m’appelent fidèlement
depuis que j’ai poussé la porte cochère parisienne fin avril.
Avant cela, petite séance de dédicace à la librairie Comédia de Millau. Et oui,
le livre-disque “C’est de famille” est sorti hier ! Magali le Huche, qui l’a
illustré, m’accompagne depuis le début, c’est elle qui a dessiné l’affiche de
“En roue libre”.
Bon, Mulette redonne des signes de fatigue, zut, zut, allez Mulette, faut tenir,
plus que 150 kilomètres, demain on franchira la barre des mille, allez Mulette,
allons jusqu’à Sète. En prévision du pansement supplémentaire inévitable, j’ai
vu large : 10 mètres de gaffeur et 50 de fil de fer, allez Mulette, tu vas voir,
je vais bien te soigner, tu le mérites.
Aujourd’hui, comme pour le Tour de France, il y a “liaison”. Liaison c’est comme infidélité, c’est à dire que mulette-bicyclette-bidule-et-moi, on rentre dans une Clio (si si), histoire de rendre possible l’impossible, soit rallier Langogne à Millau. On se fait donc déposer au dessus de Mende, sur le Causse Sauveterre, quelques kilomètres en désert avant de replonger dans les Gorges duTarn. Longs méandres entre les hautes murailles des Gorges. Je repense auconcert d’hier, à la St@tion de Langogne, moment calme partagé avec la trentaine de Lozérois présents. Ma boîte au lettres en sera bonne pour : une chanson écrite à quatre mains, un cadavre exquis à douze mains, un joli dessin. Monnouvel alambic commence à s’habituer à sa nouvelle carrière scénique, on s’amuse bien, lui et moi, à mettre un peu de vin dans mon eau.L’arrivée à Millau sera longue, interminable sur la fin, j’atterris au Petit Furêt peu après 18 H. Installations et toilettages d’usage, kinoa-coquillettes en prévision de demain, puis concert en terrasse, deuxième extérieur qui seral ui aussi un peu perturbé : la police débarque au moment de “Poète en voiture defonction”, ce qui en donne une version inénarrable, on rigole bien ; un bavard alcoolisé ne cesse de hurler à la liberté en m’appelant “son frère” ; bref, quelques tourbillons. Mais Bidule, encore une fois, s’est bien régalé.